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10/09/2009

Les prénoms régionaux normands

Choisir le prénom de ses enfants, voilà un droit qui n’a pas toujours été aussi permissif qu’aujourd’hui. Pour s’en convaincre, un peu d’histoire…

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 Le retour de baptême - L. Le Nain - (1600-1648)

Par décret en date  du 24  brumaire an II (14 novembre 1793), « chaque citoyen a la faculté de se nommer comme il lui plaît, en se conformant aux formalités prescrites par la loi ». Ces formalités sont celles du décret du 20 septembre 1792, à l’origine de la laïcisation de l’état civil, instaurant entre autres le terme de prénom pour remplacer celui de nom de baptême.

Ce sont alors les prénoms de l’Antiquité, en vogue chez les révolutionnaires épris des républiques antiques, ou les prénoms symboliques, qui surgissent : le révolutionnaire François Noël Babeuf devient Gracchus Babeuf et Louis Philippe Joseph d’Orléans devient Philippe Egalité… Et, la cerise sur le gâteau, c’est que la loi permet de changer de prénom à volonté au cours de sa vie.

Cette liberté anarchique dure peu : moins d’un an plus tard, le 6 fructidor an II (23 août 1794), il est à nouveau interdit de prendre d’autres prénoms et nom que ceux de son acte de naissance (ouf ! Heureusement pour les généalogistes que nous sommes !)

Le bouleversement fondamental va intervenir 9 ans plus tard, quelques mois avant l’Empire ! Pour la première fois dans l’histoire de notre pays, un gouvernement va restreindre les libertés de choix des parents en matière de prénoms pour leurs enfants. En  effet, en 1803, une loi rend obligatoire les prénoms « en usage dans les différents calendriers ou portés par des personnages connus de l’histoire ancienne ». 

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Les Rois Mages Gaspard, Melchior et Baltasar - Goltzius - XVIIe siècle

 

Elle signe ainsi l’arrêt de mort des prénoms régionaux pour deux raisons. Elle s’appuie d’une part sur des calendriers, donc sur une liste de prénoms limitée et d’autre part, sur des documents écrits, établis en français par des élites parisiennes.

Le Concile de trente demandait déjà aux parents, dans les années 1560, de choisir pour leurs enfants un nom de saint, une façon de le placer sous une protection céleste. Mais, le calendrier, l’ancêtre de notre fameux calendrier des Postes, ne comporte que 365 jours et donc à peine plus de saints, tandis que le répertoire exhaustif de l’Eglise catholique en comptait plus de 40 000 !

Quantité de « petits » saints, qu’on ne retrouve plus guère aujourd’hui que dans les noms de nos églises ou villages, comme en Normandie Saint-Nicaise, Saint-Maclou ou Saint-Ouen, sont alors absents du calendrier usuel mais localement priés, connus et choisis par les populations pour leurs enfants. Même si le souvenir de leurs hauts faits célestes se perdait dans la brume des siècles, leurs noms s’ancraient dans les pierres du village, dans les sources ou les fontaines et se transmettaient par extension aux petits nés à proximité, constituant ainsi de véritables prénoms régionaux. Nous aurons l'occasion d'en reparler.

Imposer un calendrier était du même coup aussi imposer une langue, le français ! La législation de 1803 précisait bien que les seuls calendriers admis étaient « ceux de la langue française », les prénoms construits dans les langues régionales se trouvant d’office bannis de l’état civil.

En 1987, le texte de loi de 1803 est modifié : autorisation est donnée aux parents de prendre désormais pour leur nouveau-né «  des prénoms consacrés par l’usage et relevant  d’une tradition étrangère ou française, nationale ou locale ». En clair, on peut désormais aussi bien choisir un prénom régional, refusé si férocement auparavant, qu’un prénom étranger, à condition toutefois de pouvoir justifier de son orthographe exacte.

Cette ultime exigence est supprimée par la loi du 8 janvier 1993 qui dispose que « l’officier d’état civil porte immédiatement sur l’acte de naissance les prénoms choisis » par les parents. Deux réserves cependant : on ne peut choisir ni le patronyme d’une personne connue (ex : Picasso), ni un nom « contraire a l’intérêt de l’enfant… ayant une apparence ou une consonance ridicule, péjorative ou grossière, ou difficile à porter en raison de (sa) complexité ou de la référence à un personne déconsidéré dans l’histoire ».

Cette libéralisation permet de voir renaître nos prénoms régionaux qu’on pensait disparus. L’engouement actuel pour la généalogie n’y est pas étranger : donner à son enfant un prénom de sa région d’origine, c’est lui donner des racines, inscrire en lui un souvenir et une histoire, au-delà des modes et du caractère administratif de cette inscription à l’état civil.

 

Quelques anciens (et rares) prénoms de Normandie :

Au masculin : Almar, Alrik, Alvin, Amalrik, Ansfrid, Answald, Arild, Arnbjörn, Arnketil, Arnold, Arnulf, Arwed, Asbjörn, Asgeir, Asketill, Aslak, Asulf, Aldrik, Baldwin, Bernulf, Bertil, Biarni, Bjarni, Bjarnulf, Björnulf, Björn, Brand, Brynjolf, Dankrad, Delf, Detlef, Didrik, Dirk, Diter, Ditfrid, Ditmar, Ditwin, Egmont, Einar, Eivind, Enguerrand, Erling, Erwin, Eskil, Eudelin, Ewald, Falko, Frithjof, Frode, Froward, Frowin, Gerulf, Gervald, Gervin, Gildwin, Godfred, Grim, Hagen, Halfdan, Harding,  Herman, Hilbert, Hilding, Hilmar, Hindrik, Hjalmar, Holger, Hrolf, Ingmar, Ingolf, Ingvald, Ingvar, Ivar, Ketil, Kjeld, Knut, Lambert, Leif, Lennart,  Lothar, Luderik, Maclou,  Njall, Odalrik, Odmar, Olaf, Osfrid, Osgeir, Osmond, Osvald, Otger, Otmar, Otvard, Radulf, Ragnar, Ranulf, Ralf, Rambert, Renold, Richard, Roald, Roderik, Rodger, Rolf, Runi, Rurik, Sigmar, Sigmund, Sigurd, Sigvald, Skeggi, Sven, Tancrède, Terkel, Thorbjoörn, Thorkel, Thorolf, Thorsten, Thorvald, Till, Turold, Ulf, Ulrik, Veland, Vimund, Waldemar, Wandrille, Wido, Wiland.

 

Reine Wilhelmine des Pays-Bas (1890-1948).jpg

La Reine Wilhelmine des Pays-Bas (1890-1948)

Au féminin : Alwine, Astrid, Bartke, Bathilde, Bentje, Bernahardine, Bertha, Berthilde, Berti, Bertrade, Blithilde, Brunhilde, Dagmar, Deetje, Didda, Dille, Dita, Dithilde, Ditlinde, Edda, Eduarda, Edwina, Eldrid, Elfi, Elfride, Elke, Elma, Enguerrande, Erma, Ermelinde, Ermina, Eudeline, Frida, Frigge, Gerda, Gerlinde, Gisela, Gislinde, Gudrun, Gunhil, Hedda, Hedi, Hedwige, Heidi, Helga, Hemma, Hermine, Hilda, Ida, Inga, Inge, Ingeborj, Ingrid, Irma, Irmine, Mariette, Markvart, Millicent, Oda, Osanna, Osanne, Ottilia, Ottilie, Ragnhild, Rikke, Savine, Signi, Signild, Sigrid, Sigrune, Sike, Solveig, Solvej, Solvejg, Sunilda, Svantje, Svenborg, Thilda, Thilde, Ulrika, Vilma, Vilhelmine 

 

 

BAPTEME NORMAND.JPG

Baptême en Normandie - A. BROSSARD

 

Biblio : « Histoire, formation et usage : les prénoms régionaux » - Article de M-O. Mergnac publié dans la revue « Gé-Magazine » n°255 – Janvier 2006.

Commentaires

Je vous applaudis pour votre recherche. c'est un vrai œuvre d'écriture. Développez .

Écrit par : invité | 12/08/2014

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