Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

15/09/2010

Rouen à l'heure nouvelle !

La journée de nos aïeux était rythmée par les cloches des églises qui sonnaient sept fois par jour les heures canoniques, celles des offices. Dans les latitudes septentrionales, le jour varie de 8 heures 11 en hiver à 16 heures 7 en été. Et, depuis l’Antiquité, on divisait le jour en 12 heures dont la longueur variait selon celle du jour, d’où la difficulté de ses repérer dans ces heures inégales. Les clercs se chargeaient de le faire à force de cadrans solaires, sabliers et cierges gradués qui se consumaient lentement.

Cadran solaire - St-Rémy de Provence.jpg

Cadran solaire de Saint-Rémy de Provence

Mais une « heure » à la romaine peut durer de 40 à 80 minutes. Comment, dans ces conditions, payer un travail à l’heure ? La division de la journée, de jour et de nuit, en 24 heures égales et invariables, 12 avant midi et 12 après midi, s’est imposée dès qu’il y eut d’autres activités que la prière et le travail des champs. L’heure des clercs dut s’ajuster à celle des ateliers et des chantiers, et une nouvelle conception de la division du temps naquit : la ½ journée, l’heure du repas marquant la pose du milieu du jour. La crise de l’industrie textile, la pénurie de main-d’œuvre qui suit la peste noire font alors de la durée de la journée de travail le point chaud des luttes sociales. Peu confiants dans les cloches des églises, les maires et échevins des villes notamment drapières, comme Amiens, Rouen ou Elbeuf, firent installer de nouvelles cloches au beffroi, cloches de travail qui ordonnaient l’ouverture et la fermeture des ateliers. Faute de rigueur, des conflits naquirent. On se mit donc à compter les heures de travail. Il n’en fallu pas tant pour stimuler l’imagination des savants - artisans, dont une des inventions décisives fut celle de « l’échappement à roue de rencontre » qui permet de retenir la chute régulière d’un poids moteur, deux palettes sur la tige animée d’un mouvement oscillatoire venant tour à tour lancer, puis freiner la roue dentée d’un engrenage. Ajouter à ce système d’autres mouvements ne fut qu’affaire de mécanique comme faire sonner les heures, actionner une aiguille sur un cadran ou un cadran sous une aiguille : l’horloge mécanique était née ! Rapidement, les villes s’équipent d’horloges monumentales. L’émulation joue. On adjoint de nouveaux mécanismes au système à échappement, des automates qui surgissent à heure dite ou des jacquemarts qui frappent la cloche de leur marteau. Joignant leurs connaissances d’astronomie à celles de mécanique, les hommes de science ajoutent à l’indication de l’heure celles des phases de la lune, du cours des planètes… C’est ainsi que les horloges astronomiques, comme celle de Strasbourg, voient le jour. Seulement, la précision n’est pas le fait de ces rouages compliqués. C’est pour cela que souvent l’horloge n’a qu’une aiguille.

HORLOGE ASTRONOMIQUE STRASBOURG.jpg

Horloge astronomique de Strasbourg

Elle exige aussi régulièrement réparations et graissages. Chaque jour, il faut la remonter. Deux ou trois fois par semaine, on doit remettre l’aiguille à l’heure. Mieux vaut alors laisser cette charge à la ville que d’encombrer sa maison d’une lourde machine de fer forgé qui ne marche ni souvent, ni longtemps. Les horloges privées sont rares !

Charles VI (1368-1422).jpg

Le Roi Charles VI (1358-1422)

En l’année 1389, le conseil de la ville de Rouen avait enfin obtenu du roi Charles VI l’autorisation de reconstruire le beffroi pour y installer une horloge publique.

Gros-Horloge2.jpg

La rue du Gros-Horloge à Rouen

Eu égard à ses difficultés budgétaires, le seul luxe de ce beffroi fut l’horloge, dont le mécanisme faisait sonner "Cache-Ribaut" aux heures et deux petites cloches aux demies et aux quarts. Son constructeur, Jean de Felains, en assure l’entretien.

 

La Cache-Ribauds.jpg

La Cache-Ribaut

Biblio : « 2000 ans de vie quotidienne en France », Sélection du Reader’s Digest – 1981

07:39 Publié dans HISTOIRE | Lien permanent | Commentaires (2)

Commentaires

Coïncidence, je suis en train de lire Les Cloches de la terre d'Alain Corbin ;-)
http://www.franceculture.com/oeuvre-les-cloches-de-la-terre-paysage-sonore-et-culture-sensible-dans-les-campagnes-au-xixe-si%C3%A8cle-

Écrit par : d'aïeux et d'ailleurs | 16/09/2010

Je vous applaudis pour votre article. c'est un vrai charge d'écriture. Continuez .

Écrit par : cliquez ici | 11/08/2014

Les commentaires sont fermés.