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07/07/2009

Français régional ou patois normand ?

Nombreux sont ceux qui pensent que le patois normand n’est qu’une simple déformation du français. Il leur suffit d’entendre "siau" ou "viau" pour "seau" et "veau" pour en être convaincus. Erreur !!!

Faut-il rappeler que le dialecte normand formait, avec le poitevin, le bourguignon, le picard et le parler de l’Ile-de-France, la langue d’oïl, oïl signifiant "oui". Au Moyen-Age, ces différents dialectes sont les seuls parlés dans leur région. Le dialecte normand est donc la langue "officielle" de la Normandie.

FEMME ROUEN.jpg

A l’époque où les rois capétiens ont fait la France, en agrandissant le domaine royal de différentes provinces, dont celles citées plus haut, le parler d’Ile-de-France s’est étendu à ces régions devenues françaises pour former le Français. Dans cette langue nouvelle, il subsistait bien sûr des vieux mots d’origine normande.

A ce sujet, il est utile de faire la différence entre patois et français régional.

Contrairement au français standard, qui se parle et se comprend partout en France, le français régional est celui qui se parle et se comprend uniquement dans une région donnée.

Ainsi, quant un normand parle de son "bésot bien vésillant", il faut savoir que ces deux mots qui signifient "un petit bonhomme plein de vie" ne sont utilisés principalement qu’en Haute-Normandie.

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Ce qui caractérise cette fois le patois normand, c’est la différence qui existe dans la prononciation des mots. C’est ce que les experts nomment un "grignotement" ou un "escamotage" des syllabes. Par exemple, dans l’expression française "Peut-être bien, Monsieur ", six syllabes sont perçues alors que prononcé en patois "P’têt bin, M’sieu"», il n’en reste plus que trois !

On constate également que les finales en "eux" remplacent celles en "eur" ("la peux", "un chasseux", "un péqueux"), de même que la lettre "r" tombe souvent à la fin des mots ("la mé", "l’pé", "mouri", "v’ni"). De même, l’association du pronom singulier "je" avec une forme verbale du pluriel est également caractéristique ("j’avons bien ri", "j’aurions bin voulu"). Enfin, le patois conjugue le passé simple des verbes du 1er groupe comme s’ils appartenaient au second ("j’mangis", "je m’sauvis" ou mieux, "j’mécapis").

 

Le patois normand compterait environ 8000 mots, mais tout comme le français régional, il en disparait un peu chaque jour. Heureusement certains dictons et expressions perdurent encore aujourd’hui et ce pour notre plus grand plaisir comme l'emblématique "P'têt ben qu'oui, p'têt ben qu'non".

vieux-normand.jpg

Pour clore mon propos et pour vous encore cette histoire « ben cheu nous » :

«  Un voyageur cheminait sur la route poudreuse qui le menait à Bolbec. Avisant un paysan qui « bouinait » dans son champ, il lui demanda :

-          « Mon ami, pouvez-vous me dire combien de temps il faut pour atteindre Bolbec ?

-          Oh mais ! Vos n’y êtes pas cô ! Marchez don !

-          Evidemment que je n’y suis pas encore ! Je vous demande combien de temps il me faut pour y arriver.

-          Pisque j’vos dis d’marcher cô !...

Décidément, se dit notre voyageur, les Normands ne sont guère avenants !... Il continua donc son chemin en maugréant. Lorsqu’il eut parcouru une centaine de mètres, il entendit une voix dans son dos.

-          J’cré ben qu’vos en avez pour une heure !...

-          Tiens ! fit le voyageur en se retournant, vous avez enfin réfléchi ?... Pourquoi ne me l’avez-vous pas dit plus tôt ?

-          Dame ! Est-ce que j’pouvions le savoir si je ne savais pas de quel pas vous marchez ? Si vous alliez plus vite, eh ben vos n’metteriez que trois quarts d’heure !... Mais si vous marchiez plus lentement, vous metteriez ben une heure et quart, même une heure et demie… Vous admettrez que ça change tout ! »

  

 

Commentaires

Bonjour,
Normand d'origine et de coeur, j'entendais toujours ma Gd Mère paternel dire "gabilloner" dans le sens de gâcher, détruire, abimer.

Ce mot apparait 'il dans la langage Cauchois ?

Salutations
Pierre BORDEAUX.

Écrit par : Pierre BORDEAUX | 10/06/2011

"Va qu'ri l'iau dans l'siau" : en patois du Vexin , et bien d'autres mots que je vais relister pour comparer !

Écrit par : sittelle | 18/06/2011

Bonsoir Pierre et désolée de ne pas connaître ce verbe "Gabilloner". Mes recherches en ce sens sont demeurées vaines... Mais je ne suis pas une spécialiste du patois normand seulement une passionnée d'histoire locale.
Belle soirée à vous.

Écrit par : Cathy | 19/06/2011

J'ai lu vos quelques lignes...Le patois cauchois est plus complexe qu'il n'y parait : je le sais car je suis encore de ceux qui le comprennent et peuvent le parler "couramment" et il y a des mots écorchés dans votre explication, de même que des tournures de phrases que jamais un vrai cauchois n'emploierait !

Bien amicalement,

Écrit par : foullon | 04/07/2011

Merci a vous, j'aimerai tant le parlé, et du vrais de vrais. jua

Écrit par : descamps | 31/05/2012

Bonjour,
Je me suis lancée dans le projet fou de faire mon arbre. Sur un acte de décès, il est mentionné: "Jean Marin dit cabotte"... L'acte date de 1832. Cette appellation m'interpelle malgré des recherches je ne trouve rien... S'agit-il d'un surnom, d'une profession ou une caractéristique physique??? Nous sommes originaire de Normandie...
Votre blog est très riche et peut être avez vous des connaissances par rapport à ce terme.
Je vous remercie par avance.
Cordialement
Soisick

Écrit par : Soisick | 14/08/2013

Bonjour et merci pour vos compliments. S'agissant de votre demande, c'est à mon avis un surnom. "Cabotte" vient sûrement de "Cabot", dérivé lui-même de "Cabet", un diminutif de "cap", désignant la tête, c'est-à-dire une "personne à petite tête".
Selon de Larousse des noms de famille, "Cabot" désigne aussi, dans l'Ouest de la France, un poisson à grosse tête, le "chabot". Dans tous les cas, il s'agit de la grosseur de la tête !... Bel été à vous et très cordialement. Cathy

Écrit par : Cathy | 17/08/2013

Bonjour,
Dans la serie genealogie ... j'ai retrouvé a Notres dame d'Estrée un jean louis dit taban en 1792.
Une idée de ce que "taban" pourait vouloir dire en basse normandie?
D'avance merci.

Écrit par : nicolas | 29/12/2013

Bonjour !
Une hypothèse seulement à vous proposer : une déformation de "talbot" qui en patois normand (moitié nord de la Manche et Calvados) signifiait "noir de fumée", celui avec lequel on frottait les sabots et qui noicissait les rouis (les solives).
Bonne journée et cordialement

Écrit par : Cathy | 31/12/2013

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