21.05.2009
Les années de guerre de mon père - 4ème époque : l'armée "Rhin-Danube"
1945 : La France est libérée à l'exception des provinces de l'Est. Partout, le marché noir est plus florissant que jamais. Mais la période est surtout marquée par l'épuration, le procès des "collabos" et le retour progressif des prisonniers de guerre et des déportés.
Depuis septembre 1944, mon père, Albert-Camille BOULANGÉ (sosa 2), comme plus de 37 000 F.F.I., a intégré la Première Armée Française du Général De Lattre de Tassigny. Celle-ci s'étant regroupée dans la Trouée de Belfort le temps de réorganiser ses arrières, De Lattre lance, début novembre 1944, son offensive générale vers Strasbourg, avec le Rhin comme objectif final. Son but : permettre à ses troupes, ainsi qu'à la 7ème armée américaine, de rompre et dépasser les lignes allemandes devant Strasbourg et Mulhouse. Le dispositif qu'il a préparé a reçu l'aval du général de Gaulle, président du Gouvernement provisoire, et du Premier Ministre anglais Sir Winston Churchill.
Ce jour-là à 11 heures 20 exactement, en pleine tempête de neige, l'artillerie française ouvre le feu à la surprise des allemands. La progression est des plus rapides. La 2ème D.I.M., à laquelle appartient le régiment de mon père, libère au prix de combats violents et de lourdes pertes humaines (273 tués et 1287 blessés) dès le 17 novembre les villes d'Héricourt et de Montbéliard et atteignent le territoire de Belfort le lendemain, libéré à son tour dès le 25. La Première Armée franchit le Rhin le 19 novembre 1944 à 18h40. Une immense allégresse saisit la troupe à l'annonce de la nouvelle. Du plus humble soldat au général en chef, chacun éprouve un bouleversement, une sorte d'émoi sacré où l'orgueil se mèle à la joie. "Bravo de tout coeur, écrira De Lattre à ses soldats victorieux, les chars de la 1ère division blindée et du régiment d'infanterie coloniale du Maroc sont entrés les premiers en Alsace ! Quel frémissement d'émotion, quelle fierté, quelle joie !"
C'est un pas de géant dans le processus de libération de notre pays qui vient d'être franchi, mais la lutte n'est pas finie ! Il s'agit maintenant pour De Lattre et son armée d'exploiter la rupture du front allemand pour libérer la Trouée de Belfort et la Haute-Alsace et faire la jonction avec la 2ème D.B. du général Leclerc qui fait route par Saverne vers Strasbourg, ville qu'elle investit le 23 novembre 1944. La jonction entre les deux corps est réalisée dans la région de Burnhaupt encerclant 10 000 soldats allemands. L'objectif maintenant pour les alliés est l'Allemagne et Berlin !
Mais les allemands résistent ! Devant Colmar, la Première Armée Française affronte la 19ème armée allemande placée sous les ordres d'Himmler et appuyée fortement par une Luftwaffe reconstituée. La première offensive, lancée le 7 décembre, piétine devant les violentes contre-attaques ennemies. A bout de souffle et sans renforts, de Lattre décide de se replier. Les pertes humaines sont des plus sévères : 1300 morts, 4500 blessés et 140 disparus ! Le matériel a subi de lourds dommages. Les munitions font défaut. Les troupes sont mises au repos.
Mon père est assis à droite
C'est à ce moment qu'Hitler lance ce qu'il lui reste de troupes dans une dernière offensive dans les Ardennes. L'armée de Leclerc est chargée de riposter tandis que le mauvais temps cloue au sol l'aviation alliée. Strasbourg et l'Alsace sont terriblement menacés.
Le 1er janvier 1945, le général de Gaulle donne l'ordre à de Lattre et à son armée de reprendre à son compte la défense de la ville de Strasbourg. Pendant près de trois semaines, les combats qui s'y déroulent sont des plus éprouvants et des plus meurtriers pour les unités françaises. Mais l'ennemi semble à portée de main et de Lattre veut agir vite. Il faut "liquider" la poche de Colmar pour dégager Strasbourg et lever toute pression allemande à l'ouest du Rhin. Le 20 janvier, l'offensive générale est lancée. Le 25, la ville de Strasbourg est sauvée. Elle fait sonner les cloches de sa cathédrale "pour célébrer la victoire des alliés et le glas du Reich". Malgré le froid intense, les contre-attaques allemandes et des affrontements meurtriers, les combats continuent. La ville de Colmar est, le 2 février 1945, la dernière ville de France a être libérée de l'occupation nazie.
Mon père est au volant de son engin sur le capot duquel est monté un petit chien
Commence alors l'offensive pour atteindre et franchir le Rhin et engager l'ultime étape, la conquête du territoire allemand. Pour cela, les alliés ont rassemblé près de 60 divisions d'infanterie et 24 divisions blindées. Les grandes villes allemandes subissent des bombardements de plus en plus fréquents et meurtriers. La Première Armée attaque dès le 15 mars 1945 entre le Rhin et la forêt de Haguenau. Parvenu au pied de la "ligne Siegfried", l'armée de de Lattre, dont le régiment de mon père, franchit le fleuve et pénètre en Allemagne dans la nuit du 30 au 31 mars 1945.
Les français, triomphants, poursuivent leur avancée, attaquant de part et d'autre de la Forêt Noire. La 5ème D.B. et la 2ème Division d'Infanterie Marocaine, dans laquelle sert mon père, sont au première ligne. Ils franchissent le Danube le 20 avril 1945. Tout le dispositif de l'armée ennemie s'écroule. A Stuttgart, 20 divisons allemandes défendant la Ruhr sont encerclées et cessent le combat le 25 avril. Trois jours plus tard, Hitler se suicide.
C'est à Karlsruhe, le 24 avril 1945, alors qu'il vient de donner ses ordres pour les combats du lendemain, que le général de Lattre "invente" pour ses soldats, l'armée "Rhin et Danube" : "Il faut que ces garçons gardent sur eux le témoignage de ce qu'ils ont su donner au pays et le signe de ce qu'ils devront continuer à lui donner... Je veux que, par eux, se dissipent les complexes de résignation et d'abandon dont nous avons trop souffert... Ceux qui ont appartenu à la Première Armée Française, à l'armée "Rhin et Danube" !"
L'attestation de droit au port de l'insigne "Rhin et Danube" délivrée à mon père
Pour que son idée soit immédiatement réalité, il fait exécuter un blason où s'unissent les armes de la ville de Colmar - écu vert et rouge frappé d'une masse d'armes. L'association "Rhin et Danube" sera officiellement créée en août 1946.
Ecusson porté par mon père
Et la Première Armée Française poursuit son avance. Elle entre en Autriche le 29 avril et progresse jusqu'au Tyrol au col d'Arlberg, avant d'être arrêtée par la capitulation allemande signée le 7 mai 1945 à Reims.
Mon père est à droite
Le 9, le général de Lattre signe à Berlin, au nom de la France, aux côtés des alliés, l'acte de capitulation de l'Allemagne nazie.
Mon père imagine son retour...
07:53 Publié dans LA SAGA FAMILIALE | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note



Commentaires
Je pense que le mien devait être là aussi:Maurice GIBERT de Langogne en Lozère.
merci de votre réponse
Ecrit par : gibert eliane | 28.09.2009
Désolée de ne pouvoir préciser davantage.
Je vous souhaite une bonne soirée.
Cathy
Ecrit par : Cathy | 29.09.2009
J'ai parcouru avec intérêt vos pages. J'effectue depuis peu un travail de mémoire afin de transmettre aux enfants et petits enfants nos racines, même si nous n'avons parfois que quelques minces radicelles. Je suis cauchois par mon père, lequel a occupé le sud de l'Allemagne (Constance) à partir du 8 mai 45 au sein de la 14ème DI. De la guerre, "sa guerre", je retiens l'encerclement de Saint Valéry en Caux en 1940, à environ dix kilomètres de chez nous ou encore les réquisitions du STO pour la construction des bases de V1... J'associe ainsi l'histoire de la famille paternelle aux contextes historique, sociologique, économique et culturelle de la fin des années trente pour arriver à celles de mon enfance. C'est riche, passionnant et rassurant de constater que la mémoire, c'est merveilleux pour qui veut la solliciter.
Je suis un petit peu généalogiste (voir geneanet "jememaillet"). Encore bravo pour ce travail intéressant et riche d'illustrations. Un hymne à la haute Normandie!
Jean Marie Maillet.
Ecrit par : Jean Marie MAILLET | 20.11.2009
Cathy
P.S. : je vais visiter votre arbre sur généanet.
Ecrit par : Cathy | 21.11.2009
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