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11/03/2009

Pierre SANNIER, Meunier à Offranville

« … les boulangers qui sont ordinairement larrons et les meuniers qui ne valent guère mieux. »

François Rabelais (Pantagruel, livre III)

Ainsi, dès le début du 16ème siècle, la mauvaise réputation des meuniers comme celle des boulangers est déjà faite ! Les meuniers sont souvent en butte à l’hostilité des villageois, qui ne voient en eux que des voleurs qui ponctionnent plus que leur dû. On les dit « riches » et on les accuse aussi de libertinage car les moulins sont des lieux de rencontre et d’information où on fait la causette en attendant son tour… Très peu échappent malheureusement à cette réputation déplorable ! A t’elle touché Pierre SANNIER*, cet aïeul (sosa 352) qui est meunier à Offranville (Seine-Maritime) en cette fin de règne de Louis XIV ?

 

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Cette paroisse située près de Dieppe est, à cette époque, riche de six moulins de rivière, tous placés en bordure de la « Scie », petit cours d’eau qui la traverse : le moulin des Ruines (aujourd’hui disparu), le moulin Claquet, le moulin Jeannet, le moulin de la Pierre, le Neuf-Moulin et le moulin à huile.

Pierre SANNIER, qui en est originaire, épouse le 23 novembre 1699 dans la petite église de la paroisse de Meulers, près de St-Nicolas d’Aliermont, Anne Bullé.

 

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Les meuniers sont nombreux sous l’Ancien Régime. Ils jouent un rôle important car tous les paysans ont besoin d’eux !

Le meunier est à cette époque un artisan travaillant à façon. Son activité consiste à transformer le grain qu’on lui apporte en farine et parfois même à la livrer. Mais en aucun cas, il ne peut vendre directement sa mouture. Le métier nécessite des connaissances variées. Au meunier de définir chacun des paramètres de son travail et pour cela, dans un souci de perfection, il choisit son grain, son mélange, le type de meule et la mouture.

Il est rémunéré en nature et prélève lui-même sa part sur la farine obtenue. Ainsi, sur une rasière, soit 80 kg, le client retrouve 51 kg de farine et 21 kg de son. 8 kg servent à payer le meunier. Il semble que les contrôles sont difficilement applicables, les meuniers particulièrement ingénieux et « la triche » fréquente. Pour se défendre, les fraudeurs accusent volontiers les rats et les poules de les piller, de jour comme de nuit.

Le travail du meunier est rythmé par les forces naturelles, qu’elles soient hydrauliques ou cinétiques. Lors de la fonte des neiges, le moulin hydraulique fonctionne à plein régime et demandent une attention soutenue de la part du meunier qui doit veiller constamment sur lui. Outre les risques liés aux intempéries, le meunier doit aussi se prémunir des incendies. Les sacs de farine ne sont entassés qu’une fois secs, sinon la fermentation peut engendrer des départs de feux particulièrement dangereux dans les moulins ou halles en bois.

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L’essor de la boulangerie a paradoxalement accéléré la mort des moulins. Les meuniers ne pouvant pas fournir autant de farine et surtout pas à jour fixe, les boulangers se sont adressés aux minoteries modernes. Par ailleurs, les gens ont pris l’habitude d’acheter leur pain plutôt que de le faire.

Dans « Les lettres de mon moulin » (1866), Alphonse Daudet décrit avec émotion l’abandon des moulins aux profits des minoteries. « Maître Cornille était un vieux meunier, vivant depuis soixante ans dans la farine et enragé pour son état. L’installation des minoteries l’avait rendu comme fou. … « N’allez pas là-bas, disait-il, ces brigands-là, pour faire le pain, se servent de la vapeur qui est une invention du diable, tandis que moi, je travaille avec le mistral et la tramontane, qui sont la respiration du bon Dieu… »

 

 

* Schéma de descendance : Pierre SANNIER, Meunier (ca 1669- ca 1732) → Pierre SANNIER, Bûcheron (1711-1769) → Pierre SANNIER, Laboureur (1742-1805) → Pierre SANNIER, Cultivateur (1771-1821) → Alexandre SANNIER , Maître Maréchal-ferrant (1813-1881) → Ludivine SANNIER, Jardinière (1842-1913) → Alexandrine DAMAMME, Sans profession (1881-1967) → Albert-Camille BOULANGÉ (mon père) (1922-2007)

 

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