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10/02/2009

Hivers sur temps de crise économique !

"C'est une triste chose de penser que la nature parle et que le genre humain n'écoute pas"

Victor Hugo

 

Il fait froid ! Il vente (beaucoup ce matin) ! Bref, on grelotte ! Et même si notre belle Normandie est magnifique sous la neige, si le vent et la pluie n'arrêtent pas les pelerins que nous sommes, on aspire tout de même à un temps plus clément !

Pourtant, des hivers rigoureux comme celui que nous vivons en 2009, il y en a eu d’autres !

Tenez, le Grand Hiver de 1709, il y a 3 siècles !

A cette époque là  aussi, la France doit faire face à des difficultés économiques majeures et  tout comme aujourd’hui, les finances de l’Etat sont au plus bas : la guerre de Succession d’Espagne, entamée en 1701 par le Roi Louis XIV s’enlise,  faisant augmenter les prélèvements fiscaux et ralentir considérablement l’activité économique du royaume.

La population est dans la misère, manquant de tout, vivant de peu, n’espérant rien.  

C’est dans ce contexte que la première vague de froid se fait ressentir dans la nuit du 6 au 7 janvier 1709. Elle s’étend rapidement sur toute la France. On relève jusqu’à -25° à Paris et – 23° en Normandie. La Seine gèle et la mer se charge de blocs de glace près des côtes et dans les ports.

Le froid n’épargne personne, pas même le Roi. Au château de Versailles, il se voit contraint d’attendre, pour le déguster, que son vin daigne dégeler !

A 18 jours de froid intense, succèdent 10 jours de redoux, puis, à nouveau, le froid et le gel jusqu’au début mars. Le sol est si gelé en profondeur que plus rien ne pousse. Les arbres éclatent sous l’effet du gel. Les végétaux dépérissent. Le bétail sous-alimenté meurt de froid. Les oiseaux tombent en plein vol. La terre est si dure qu’on enterre provisoirement les nombreux morts à l’intérieur des églises. Partout, la famine s’installe générant tumultes et soulèvements. L’impopularité du roi atteint son paroxysme. Le prix de grain grimpe à une rapidité vertigineuse : à Rouen, l’hectolitre de blé se vend 165 francs-or contre seulement 20 francs-or à la fin de l’année 1708 !

La disette s’installe,  la mortalité s’accroît. Hommes, femmes et enfants ont faim. Rien pour se chauffer, le bois est hors de prix, rien pour se protéger du froid et rien pour se nourrir.

Lorsque le dégel arrive enfin en avril, le constat est épouvantable : les récoltes sont perdues, la population affamée. Le 5 avril, Paris est enfin approvisionné pour la première fois depuis trois mois. Le manque de nourriture amène le clergé à appeler à la charité et à l’aumône. Des secours s’organisent, des soupes populaires sont distribuées.

HIVER 1709.jpg

 

Soucieux de retrouver le calme, Louis XIV fait fondre sa vaisselle d’or et invite tous les courtisans à en faire autant. Une goutte d’eau !

Ceux et celles qui ne sont pas morts de faim ou de froid vont périr des épidémies de dysenterie, de fièvre typhoïde ou de scorbut, conséquences de la trop grande misère.  Au total, on estime à près d’un million le nombre de victimes de ce terrible hiver.

Dans les registres paroissiaux, il  n’est pas rare de trouver quelques lignes sur celui-ci et ses conséquences locales. Nous devons au curé de Neuville le Pollet, près de Dieppe celles-ci :

 

« Ce terrible hiver de 1709 eut dans notre canton des conséquences toutes particulières. Les vignes que l’on cultivait sur les coteaux de Bouteilles (actuellement commune de Rouxmesnil-Bouteilles) ayant toutes gelées, ne furent pas remplacées et, depuis cette époque, le cidre (dont l’usage s’était généralisé dès le XVIe siècle), devint la boisson exclusive de nos campagnes*»

 

* v. micro-film ref. 5 MI 11879 - Archives Départementales 76

Biblio. : « Contexte – Guide chrono-thématique » de Thierry Sabot

 

07:15 Publié dans HISTOIRE | Lien permanent | Commentaires (0)

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