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16/11/2008

Histoire d'hier ou d'aujourd'hui ?

 « L’histoire, je le crains, ne nous permet guère de prévoir ; mais associée à l’indépendance de l’esprit, elle peut nous aider à mieux voir ». Paul Valéry

 

A l’aube de 1789, la Normandie est divisée en trois « Généralités », trois assemblées provinciales, celles de Rouen, de Caen et d’Alençon.

Rouen, la capitale de la province compte 75 000 habitants (contre 116 000 aujourd’hui) alors que Le Havre atteint à peu près les 20 000 habitants (contre 183 000 aujourd’hui).

Si l’agriculture est à cette époque la principale richesse de notre province, elle parvient cependant tout juste – et encore les bonnes années – à couvrir les besoins en grains et en blé de ses habitants.  D’autant qu’une large part de ses récoltes de céréales est dirigée vers Paris.

L’activité industrielle tient également un rôle important dans ces années d’avant la Révolution, notamment le secteur du textile qui est la grande industrie normande avec le travail du chanvre, du lin, de la laine ou du coton. Toileries, teintures, blanchiment, fabrication des colorants se développent entre Le Havre et Rouen. Et partout dans la région, les villes et les bourgs comptent des fileurs et des tisserands. Ceux-ci sont surtout présents à la campagne où vieillards, enfants et femmes triment du matin au soir pour un maigre salaire, d’appoint cependant mais tout à fait indispensable à la survie de la famille.

En ce début d’année 1789 en Normandie, où l’agriculture et l’industrie textile sont les piliers de l’économie et de la vie, la province est frappée, comme dans tout le Royaume, par une crise sans précédent, génératrice de chômage et de disette.

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L’été 1788 a été calamiteux. Orages incessants et violentes grêles ont détruit la plupart des récoltes. Pis, l’hiver qui suit est terrible. Gelées et frimas tuent et paralysent l’acheminement des blés. La famine sévit aussitôt

Dans les filatures de coton, c’est le traité conclu en 1786 entre la France et l’Angleterre qui met le feu aux poudres. Les produits français, et donc ceux de notre région, sont concurrencés par les produits créés outre-manche. De Manchester, par exemple, arrivent des flots de toiles de qualité, fabriquées à bas prix avec de nouvelles machines, ces « mécaniques à filer » qui n’ont plus besoin de tous les bras employés jusque-là dans le secteur ». En quelques mois, le chômage s’abat sur Rouen et sa banlieue ouvrière et la misère s’installe.

Dès lors, la colère gronde un peu partout, revendications et doléances s’expriment de plus en plus fort.

Le Roi Louis XVI décide de réunir les Etats Généraux. La tenue des assemblées est prévue pour le printemps 1789. Auparavant, les sujets du roi sont invités à faire connaître leurs « doléances » dans des « cahiers » rédigés dans toutes les paroisses.

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Autour de Rouen, sur les plateaux laborieux et dans les vallées ouvrières, les cahiers accusent presque tous le traité de commerce avec l’Angleterre d’être à l’origine de tous leurs maux « puisque, se plaignent-ils, les fabricants ne leur fournissent plus de travaux ».  Ainsi, au Mesnil-Esnard comme à Blosseville (Bonsecours aujourd’hui), « les suppliants demandent la suppression des mécaniques de filature, lesquelles se multiplient plus que jamais et font qu’il y a des milliers de bras désœuvrés ». Non loin de là, à La Neuville Chant-d’Oisel, on déplore 400 personnes sans travail, alors que le village ne compte que 336 « feux » (ou foyers).

Avec le froid qui dure, les provisions qui s‘épuisent, les prix des denrées s’envolent. En une année, de mars 1788 à mars 1789, le prix du sac de froment a augmenté de plus d’un tiers.

Pour faire face aux drames, surtout dans les villes, les autorités civiles et religieuses créent des ateliers de charité, organisent la distribution de soupes populaires.

La récession entraîne la baisse des salaires, et particulièrement ceux des femmes et des enfants. En pays de Caux, le gain journalier d’une fileuse s’effondre de 12 à 15 sols en temps normal (ce qui est déjà fort peu), à  2 sols seulement !

Partout dans la province, le flot des errants s’amplifie. A Ymare, sur 76 « feux », 40 chefs de famille sont nécessiteux et 45 indigents mendient à proximité de l’église.

Souffrance quotidienne, perspectives nulles, toutes les conditions sont réunies pour que la fièvre monte dans les premiers mois de 1789. Toutes les conditions sont réunies pour qu’une explosion sociale secoue la société. Toutes les conditions sont réunies !

Dans la région rouennaise, c’est au matin du 23 février 1789 que les premiers troublent vont éclater …

 

 

D’après « Le menu peuple à l’aube de 1789 », article publié dans le numéro 82 de la revue « Rouen Lecture Normandie » de mars-avril 2004.

09:22 Publié dans HISTOIRE | Lien permanent | Commentaires (1)

Commentaires

En Berry ça c'est passé de même

Écrit par : Philippe | 16/11/2008

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